Mars 2010 (Net Press)
Moins de 4 mois après son arrivée au pouvoir par un putsch qui, le 28 novembre 1966, mit fin à la monarchie, le capitaine Michel Micombero prit une décision qui allait affecter profondément les forces de défense et de sécurité dans leur ensemble, celle de fusionner l’armée et la gendarmerie. C’était le 9 mars 1967, car jusque là, les deux corps étaient nettement distincts et dirigés par deux officiers qui avaient le même grade de capitaine mais ethniquement différents, Michel Micombero qui était secrétaire d’Etat à l’armée et Antoine Serukwavu, qui était secrétaire d’Etat à la gendarmerie. Le premier appartenait à l’ethnie Tutsi et le second à l’ethnie Hutu. Si l’on en croit un des rares officiers très connus encore en vie qui était en activité à l’époque, Paul Rusiga, les deux corps étaient dominés par les Hutu, dans des proportions de 70% contre 30% des Tutsi.
En décidant la fusion de l’armée et de la gendarmerie, l’intension de Michel Micombero était claire : mettre sous sa seule autorité toutes les forces de défense et de sécurité. C’est à partir de ce moment que les dirigeants commencèrent à se poser des questions, car avec un officier de leur ethnie à la tête de la gendarmerie nationale, ils estimaient pouvoir traiter d’égal à égal avec les Tutsi. Cette situation au niveau des proportions ethniques ne varia guère jusqu’en 1972, lorsque la tentative partiellement réussie de liquider tous les Tutsi par des insurgés Hutu en provenance de la Tanzanie, fut suivie par une répression aveugle de tout ce que l’ethnie hutu comptait d’intellectuels. Les militaires, tous grades confondus, furent « naturellement » les premiers visés, jusqu’à ce que, après cette bourrasque sanglante d’il y a bientôt 38 ans, les proportions ethniques s’inversèrent dans l’armée au profit des Tutsi.
Il faut rappeler que tout au long de la 1ère République (1966-1976), Micombero a toujours considéré la date du 9 mars 1967 comme un « grand événement », a tel point qu’elle a toujours été une journée chômée et payée, donnant lieu à des réjouissances populaires chez tous les Burundais, à commencer par « l’homme du 28 novembre 1966 » chez qui il était impossible de bouder le plaisir de se trouver en bonne compagnie. Signalons enfin que peu avant cette fusion, un match de football venait d’opposer l’armée à la gendarmerie au stade Ffb tout près de l’hôtel Source du Nil. Ce capitaine de l’équipe de l’armée, était le capitaine Michel Micombero lui-même, ce qui n’empêcha pas ses joueurs d’être battus par ceux de la gendarmerie par un score d’un but à Zéro. Le capitaine de l’équipe de l’armée terminera le match avec un genou affecté par une fracture et les humoristes de l’époque expliquent que la fusion qu’il décidera quelques jours plus tard était destinée à « punir » ces gendarmes dont l’équipe avait commis un crime de « lèse-majesté » en osant battre la sienne et en le contraignant d’aller prendre un verre au mess des officiers en transitant par la clinique PrinceLouis Rwagasore.
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