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19 octobre 2017

Burundi : L’argent des Africains -Éric, enseignant au Burundi ; 113 euros/mois

Jeune Afrique

Cette semaine nous nous rendons au Burundi, à la rencontre de d'Éric. À 33 ans, ce professeur de physique et mathématiques dans un lycée communal mène une vie proche de la nature. Comment dépense-t-il son argent ? Il nous a ouvert son portefeuille.

Il est né et a suivi ses études à Bujumbura. Mais depuis quatre ans, Éric est installé à Kabonga, un village au bord du lac Tanganyika, à environ 150 kilomètres de la capitale burundaise. Il y mène « une vie simple », proche de la nature. « Au début ça a été difficile pour moi de m’occuper ici », confie le jeune enseignant. « Nous sommes dans un village. Il n’y a pas grand chose à faire. Et toute ma famille est à Bujumbura. »  Mais aujourd’hui, Éric trouve de nombreux avantages dans ce cadre de vie qu’il a dû adopter pour exercer son métier d’enseignant.

Cette semaine nous nous rendons au Burundi, à la rencontre de d'Éric. À 33 ans, ce professeur de physique et mathématiques dans un lycée communal mène une vie proche de la nature. Comment dépense-t-il son argent ? Il nous a ouvert son portefeuille.

Il est né et a suivi ses études à Bujumbura. Mais depuis quatre ans, Éric est installé à Kabonga, un village au bord du lac Tanganyika, à environ 150 kilomètres de la capitale burundaise. Il y mène « une vie simple », proche de la nature. « Au début ça a été difficile pour moi de m’occuper ici », confie le jeune enseignant. « Nous sommes dans un village. Il n’y a pas grand chose à faire. Et toute ma famille est à Bujumbura. »  Mais aujourd’hui, Éric trouve de nombreux avantages dans ce cadre de vie qu’il a dû adopter pour exercer son métier d’enseignant.

"Je suis fier de mon boulot, j’aime transmettre ce que j’ai appris"

Lorsqu’il obtient son diplôme d’ingénieur technicien en génie électrique à l’École normale supérieure de Bujumbura en 2013, l’enseignement est une de ses possibilités d’emploi qui s’offtrent à lui. « Je suis pédagogue et électricien de formation. Devenir professeur était logique pour moi. »

Il obtient un poste au lycée communal de Kabonga et y donne des cours de physique et de mathématiques dans cinq classes. « Je suis fier de mon boulot, j’aime transmettre ce que j’ai appris », confie-t-il. Du lundi au vendredi, de 7h30 à 13h, le jeune homme consacre son temps à l’enseignement et à la préparation des cours.

Salaire : 113 euros

L’après-midi, il entraîne l’équipe de football du lycée, qui participe à des tournois inter-établissements. « Le football, c’est mon seul loisir ici. J’entraîne les jeunes trois à quatre fois par semaine, de 15h30 à 17h. J’aime beaucoup ces moments », confie-t-il.

Pour lui, la vie à la campagne comporte des bons côtés, surtout sur le plan économique. 
« Mon salaire de 233 000 francs Burundais (113 euros) est très faible. Mais la vie que je mène ici me permet de ne pas être dans le besoin. »


Il dépense 15 euros pour son loyer et la facture d’eau et se fournit en électricité grâce à une plaque solaire. Il consacre environ 49 euros par mois à sa restauration. Le jeune professeur cultive également quelques légumes pour sa consommation personnelle dans un jardin de 15 m2 : des tomates, des aubergines, des amarantes… « Ce n’est pas grand chose, mais ça m’occupe les weekends. En plus j’apprécie le contact avec la nature », confie-t-il.

Dépenses pour la famille : 25 euros

Il ne consacre pas de budget aux sorties, ni au shopping. « Avec mon salaire, je ne peux pas me le permettre. Je m’achète quelques vêtements une fois par an. » Éric est issu d’une famille modeste. Il a trois frères et cinq sœurs et son père est à la retraite. Il contribue aux dépenses de la famille pour les événements sociaux tels que les mariages et les baptêmes à hauteur 25 euros par mois. « Je rentre en famille pendant les vacances scolaires. »

Il y a un an environ, le jeune enseignant s’est associé avec son voisin pour faire de l’élevage de bétail. Ils ont chacun acheté quelques têtes pour constituer un petit troupeau. C’est son voisin qui s’en occupe la plupart du temps. Mais lorsqu’il n’enseigne pas, Éric prend la relève. « J’ai trois chèvres et une truie qui va bientôt mettre bas », dit-il fièrement. « Un porcelet de deux mois peut valoir jusqu’à 20 euros sur le marché ! »

Le jeune enseignant épargne, lorsqu’il y arrive, environ 23 euros par mois. Il compte aussi sur son petit élevage pour augmenter ses revenus. Son projet : économiser pour se marier d’ici un an ou deux. « Je commence à prendre de l’âge et j’ai envie de fonder une famille. »



Burundi : Qui croire entre l’Etat ou Rainbow Burundi Mining ?

IwacuLe gouvernement semble ne pas vouloir publier le contrat d’exploitation de terres rares de Gakara. La RBM affirme que cette convention est disponible sur son site web.

Après le refus, à peine voilé, du ministre de l’Energie et des Mines de publier le contrat d’exploitation de terres rares, la société Rainbow Burundi Mining a brisé son silence.

Elle a décidé de jouer la carte de la transparence pour faire taire les polémiques autour de ce dossier. «Après cinq ans d’exploration de terres rares, nous allons commencer l’exploitation lundi 6 septembre. Tout se fait dans la transparence. Il n’y a rien à cacher », déclare Gilbert Midende, directeur général de la compagnie minière RBM, lors de la conférence de presse animée vendredi 3 octobre.

«Notre société est enregistrée à la bourse de Londres », ajoute-t-il en brandissant toute une pile de feuilles. Cela, poursuit-il, exige de RBM d’être transparente. Cependant ce professeur de géologie s’oppose à toute publication incontrôlée: «Rainbow Burundi Mining ne peut pas aller dans la rue et distribuer cette convention à tout le monde», lâche Gilbert Midende.

Cet ancien recteur de l’Université du Burundi a renvoyé la presse sur le site web de Rainbow Burundi Mining. «Le contrat est accessible pour tout le monde».

Après vérification, le site de cette société a mis en ligne un document de 22 pages intitulé, « Convention d’exploitation minière sur les gisements des terres rares de Gakara » entre l’Etat burundais et la compagnie Rainbow International Resources Limited.

Ce spécialiste en géologie évoque également la loi minière burundaise en matière de publication. Selon lui, cette convention doit être publiée dans le Bulletin Officiel Burundais et sur le site du ministère de l’Energie et des Mines en vertu de l’article 88 du règlement minier.


Un autre grain de sel: «Le processus d’adhésion du Burundi à l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) a été bloqué», déplore le directeur général de Rainbow Burundi Mining.

Double langage ?

Et de rappeler que Côme Manirakiza, ministère de l’Energie et des Mines soutient que les terres rares de Gakara appartiennent à la population burundaise. «La convention entre le gouvernement du Burundi et la société Rainbow Burundi Mining est publique. Toute personne qui voudrait la consulter ou en faire la copie, est la bienvenue», assure le ministre Manirakiza.

Ce qui est surprenant, Leonidas Sindayigaya, porte-parole de ce ministère révèle que cette convention n’est pas à divulguer à tout le monde. «Ici comme ailleurs, pour ce genre de convention, il n’est pas permis qu’elle soit à la portée de tout le monde.»

Pour enfoncer le clou, ce porte-parole a avoué qu’il y a un article sur la réglementation du secteur minier stipulant que de telles conventions ne sont pas à mettre sur la place publique.

Après quelques jours, C. Manirakiza donne raison à son porte-parole en refusant de publier ce contrat : « Je peux pas vous donner ce contrat. Je ne sais pas ce vous voulez en faire», s’est-il défendu. « Pourquoi est-ce que vous vous acharnez sur ce contrat?», s’est inquiété le ministre de l’Energie et des Mines.

La publication de cette convention a été soulevée à l’Assemblée nationale. C’était lors de la présentation de la mise en application du programme du gouvernement dans le domaine social et économique du premier semestre par le deuxième vice-président, Joseph Butore.

C’est le député Agathon Rwasa, le premier vice-président de l’Assemblée nationale qui a mis en évidence les contradictions entre le ministre de l’Energie et des Mines et son porte-parole.

Ce leader de la coalition Amizero y’Abarundi suggérait au premier vice-président de la République de rappeler à la raison le ministre et son porte-parole. Car, explique-t-il, les minerais nous appartiennent à nous tous.
«Si les minerais appartiennent à tous les Burundais, où est le mal si tout le monde était au courant du contenu de cette convention ?», s’est interrogé cet acteur politique de l’opposition.


D’après Joseph Butore, l’exploitation minière n’est pas un secret. «Mais, on n’étale pas tout sur la place publique». Il promet que tout parlementaire qui le voudrait peut consulter le contenu de cette convention.

Burundi-USA: Lancement à New York de « Still Standing »

Iwacu

Les Editions Iwacu ont lancé, le 18 octobre à New York, la version anglaise de « Rester debout », sous le titre «  Still Standing ».  Depuis New-York, Antoine Kaburahe , auteur et éditeur de l’ouvrage indique que « la version anglaise répond à une forte demande des lecteurs anglophones après le succès de l’édition française ».

La sortie de cet ouvrage coïncide avec la remise ce mercredi à New York du « Civil courage Prize  2017» à Pierre-Claver Mbonimpa.  Ce prix est remis à des personnes extraordinaires dont les actes, ont démontré « une résistance inébranlable au mal ».

M.Mbonimpa s’est dit heureux de voir son livre désormais disponible en anglais. Le militant des droits de l’Homme, qui vient de boucler une longue tournée de présentation de son livre au Canada, a entamé depuis ce lundi une visite aux Etats-Unis. Il a animé mercredi une conférence à la prestigieuse Université de Columbia. Des rencontres sont prévues au siège des Nations-Unies.

Le 20 octobre, M. Mbonimpa rencontrera la communauté burundaise de New-York avant de se rendre à Washington la semaine prochaine.


Burundi:Droits Humains "Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle! "

Iwacu
Pour Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’APRODH, en tournée de promotion de son livre « Rester debout » au Canada, la communauté burundaise de Toronto doit continuer à croire en un Burundi de paix et de justice. Il l’a rencontrée, en compagnie d’Antoine Kaburahe, directeur du Groupe de presse IWACU et auteur du livre, ce dimanche 8 octobre.

Pierre-Claver MBONIMPA  @ TORONTO 
« Si vous me voyez abandonner ma lutte, alors cessez aussi…La justice est le meilleur remède pour avoir un pays pacifique et panser les plaies de notre passé… » Tel est, en général, le discours de Pierre-Claver Mbonimpa, président de l’APRODH, aux quelques 200 personnes de la communauté burundaise de Toronto, dernière étape de leur tournée au Canada après Calgary, Montréal et Ottawa. Les deux personnalités ont animé la conférence-débat sur les solutions à apporter aux défis actuels de la paix au Burundi dans les enceintes de l’école élémentaire St Jean de Lalande.

En tenue verte des prisonniers burundais, Mutama a tenu à être solidaire avec eux car, a-t-il précisé, leur chiffre a dépassé le seuil des 10.000, selon les derniers rapports de son association.

Certains intervenants ont voulu savoir pourquoi l’action de M. Mbomimpa auprès de la Cour Pénale Internationale ne concerne que la période courant d’avril 2015, alors que le Burundi a connu d’autres périodes sanglantes. « C’est sur cette période que nous avons pu rassembler assez de preuves et de documents pour porter plainte », a-t-il expliqué.

D’après lui, s’il y a encore des personnes qui peuvent témoigner et apporter leurs preuves sur ces autres périodes, alors qu’ils le fassent. Car la vérité doit être connue, le silence doit être brisé et les coupables punis. C’est la seule chose qui pourra effacer les larmes de nombreux Burundais. « Dans tous les cas, il faut y croire et continuer à se battre pour la paix dans notre pays. Et certains signes sont optimistes », a-t-il souligné, sans donner plus de détails. « Attendez le prochain round du dialogue à Arusha, et ce qu’il en ressortira. »

Et Mutama n’exclut pas d’autres moyens pour retrouver la paix, si tous les autres échouent, quitte à utiliser la force.

« Rester debout ! »

video« Alors que nous étions retirés dans la campagne suisse pour écrire ce livre, Mutama versait parfois des larmes à l’évocation de certains souvenirs. ‘Non, continuons, il faut rester debout’, répondait-il quand je lui proposais de nous arrêter. D’où le titre de ce livre », se souvient, avec émotion, Antoine Kaburahe. « On ne sort pas intact de ce livre car c’est une invitation à la résistance. Elle n’est pas seulement l’œuvre des journalistes ou de la société civile, mais de tout le monde. Résister à la peur, résister à la haine, résister à la stigmatisation », a souligné Antoine Kaburahe. Pour lui, c’est grâce à des témoignages comme celui de Pierre-Claver Mbonimpa qu’on peut espérer construire une société beaucoup plus juste. Il a reconnu que ce livre n’est pas exhaustif, comme l’a remarqué un des participants. Il a ainsi invité les autres à recueillir plus de témoignages.

Pour Emery Murengera, président de l’association de la communauté burundaise de Toronto, la conférence de Mutama et Kaburahe donne de l’espoir et inspire, si on sait ce qui est arrivé à M.Mbonimpa. « Je n’ai plus peur et je suis confiante, parce que Mutama reste lui aussi debout malgré ce qu’il a vécu. Nous devons nous dire la vérité pour construire notre pays », confie, enthousiaste Natacha, une jeune participante.

La conférence s’est terminée par un dîner et une petite réception dans une ambiance conviviale, plusieurs participants voulant serrer la main des deux personnalités et se faire photographier avec elles.

« Je me suis rendu compte que le Burundi reste présent dans le cœur de la diaspora, aussi éloignée soit-elle. C’est une communauté qui a soif de vérité et c’est très important parce que le blackout auquel on assiste aujourd’hui est source de manipulations politiques », a confié Antoine Kaburahe après la conférence. Pour lui, le livre de M. Mbonimpa vient éclairer un peu ce passé. Il a également souligné que deux projets de livre sont en cours, sans en dire plus.

Quant à Pierre-Claver Mbonimpa, il a remercié l’engagement, la fraternité et la chaleur qu’il a ressentis dans la communauté burundaise du Canada, ce qui lui donne de l’espoir. « Beaucoup de questions portaient sur les maux du passé, certaines interventions étaient des confessions. Les gens on soif de la vérité et doivent trouver des cadres pour en parler », a conseillé Mutama, à la fin de cette conférence.






13 septembre 2017

Burundi : Disparition forcée de Boris Sinagaye, un jeune de Musaga

« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de Monsieur Boris SINAGAYE arrêté par la Police le 23 mars 2016 en commune de Rugombo ».

Dans le cadre de sa « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a reçu des informations et des témoignages sur la disparition forcée de Monsieur Boris SINAGAYE, un jeune homme âgé de 30 ans, originaire de la commune urbaine de Musaga, introuvable depuis son arrestation par la Police burundaise le 23 mars 2016 alors qu’il s’apprêtait à traverser la frontière rwando-burundaise à Ruhwa, commune Rugombo dans la province de Cibitoke. Alors qu’ils étaient deux jeunes de Musaga à partager ce voyage et qu’ils ont partagé leur première détention au cachot de Rugombo, la trace de Boris SINAGAYE a été perdue après leur transfert au bureau du chef provincial du SNR à Cibitoke. La Police burundaise n’a fourni aucune explication sur cette disparition forcée.

A. Identification de la victime

Fils d’Epithas SINAGAYE et de Régine NTABONSANZE, Boris SINAGAYE est né le 14 Septembre 1986 à Musaga dans l’actuelle commune urbaine de Muha, au sud de la Ville de Bujumbura. Il habitait à la 9ème avenue du quartier Kinanira au moment de sa disparition forcée.
Selon des proches, Boris SINAGAYE n’avait pas pu poursuivre ses études universitaires à la fin du secondaire à cause de déficiences oculaires. En attendant un traitement adéquat, il s’était converti en photographe-cameraman des événements familiaux. Au moment de son arrestation à la frontière rwando-burundaise de Ruhwa le 23 mars 2016, il se rendait au Rwanda notamment pour des soins ophtalmologiques. Ses amis et ses proches décrivent Boris SINAGAYE comme un garçon très posé et réservé, paisible et gentil.

Sur le plan politique, Boris SINAGAYE ne militait dans aucun parti politique. Le FOCODE n’a pas pu établir si Boris SINAGAYE avait participé aux manifestations contre le troisième mandat du Président NKURUNZIZA. Les jeunes de son quartier ont été parmi les plus actifs dans la contestation populaire du 26 avril 2015, mais aucun n’a témoigné qu’il avait vu Boris SINAGAYE dans les manifestations. « Nous le retrouvions le soir, avec sa fraicheur et des habits propres, je pense qu’il n’a pas pris part aux manifestations » a témoigné un de ses amis.
B. Contexte de la disparition forcée de Monsieur Boris SINAGAYE

En 2016, Boris SINAGAYE rêvait enfin de soigner ses déficiences oculaires afin de pouvoir débuter des études universitaires. Il lui a été conseillé de le faire au Rwanda où, par ailleurs, il pouvait résider chez son frère. Le matin du 23 mars 2016, il a pris le chemin du Rwanda via la frontière de Ruhwa en commune de Rugombo dans la province de Cibitoke, au nord-ouest du Burundi. A cette époque, beaucoup de jeunes de Musaga se faisaient arrêter par des miliciens Imbonerakure[1] sur les deux autres postes de frontière avec le Rwanda (Kayanza et Kirundo) et c’est pour cette raison que la majorité d’entre eux préféraient passer par Cibitoke. Boris SINAGAYE est parti avec son ami Bernardin Derrick BANZUBAZE, un autre jeune originaire de Musaga. A la différence de Boris, Derrick BANZUBAZE était connu comme un opposant farouche au troisième mandat de Pierre NKURUNZIZA.

Arrivés à la frontière de Ruhwa, les deux jeunes de Musaga, Boris SINAGAYE et Derrick BANZUBAZE ont été arrêtés par le chef de poste de la PAFE (Police de l’Air, des Frontières et des Etrangers). Le FOCODE n’a pas pu savoir si le chef de poste avait un renseignement précis sur les deux jeunes ou s’il les a arrêtés pour la simple raison qu’ils étaient originaires du quartier contestataire de Musaga, ce qui était courant à l’époque. Le Chef de poste de Ruhwa aurait alors informé le chef de poste de la police en commune Rugombo qui, à son tour, aurait rapidement dépêché son brigadier de corps, BPP1 Désiré NIMBONA, pour récupérer les deux suspects. Toute la journée du 23 mars 2016, Boris SINAGAYE et Derrick BANZUBAZE auraient été détenus au cachot de la police à la commune Rugombo. Dans la soirée du même 23 mars, ils auraient été transférés au bureau provincial du Service National de Renseignement (SNR) à Cibitoke où ils auraient subi séparément des interrogatoires. La même nuit, il aurait été décidé un deuxième transfert des deux jeunes au siège du SNR à Bujumbura.

Curieusement, seul Derrick BANZUBAZE a été retrouvé au SNR à Bujumbura. La police n’a jamais évoqué le sort réservé à Boris SINAGAYE. Au père de Boris qui s’était dépêché à Cibitoke dès le lendemain, le chef de poste de la PAFE à Ruhwa aurait confirmé qu’il avait transféré les deux jeunes à Rugombo ; le père a perdu toute trace de son fils à partir du SNR Cibitoke. Jovith BUTOYI, alors chef provincial du SNR à Cibitoke, aurait refusé de fournir toute information sur la destination finale de Boris SINAGAYE[2]. Deux hypothèses ont été avancées : la première est que Boris SINAGAYE aurait été torturé et exécuté au cours de son transfert vers Bujumbura, la deuxième est qu’il aurait été exécuté au bureau du SNR à Bujumbura. Selon des sources, l’objectif aurait été d’exécuter atrocement un innocent pour obtenir la coopération de Derrick BANZUBAZE présenté comme un « jeune résistant » au troisième mandat de Pierre NKURUNZIZA. Le FOCODE n’est pas en mesure de confirmer aucune de ces deux versions, seule une enquête indépendante pourra déterminer ce qui est réellement arrivé dans la nuit du 23 au 24 mars 2016 et le sort réservé à Boris SINAGAYE.

Bernardin Derrick BANZUBAZE (24 ans) a été présenté seul à un parquet de Bujumbura le 5 avril 2016 avant d’être écroué à la Prison centrale de Mpimba. Le parquet n’a pas cherché à savoir le sort de Boris SINAGAYE et n’a jamais convoqué Jovith BUTOYI à cet effet. Le journaliste de la RPA Gilbert NIYONKURU a indiqué sur son compte Twitter qu’il y aurait eu une tentative d’enlèvement de Derrick BANZUBAZE à la prison de Mpimba, sans plus de précisions[3]

Des media et des réseaux sociaux ont lancé des alertes sur l’arrestation des deux jeunes de Musaga et, plus tard, sur la disparition de Boris SINAGAYE. L’autorité publique n’a jamais répondu aux craintes exprimées. Le journal en ligne SOS Media Burundi a été le premier à lancer l’alerte dès le 25 mars 2016 : “BurundiCrisis – Vendredi 25 mars 2016 – CIBITOKE (PROVINCE) : DEUX JEUNES ARRÊTÉS À RUHWA PAR LE SNR (…) Il s’agit de Bernardin Derrick BANZUBAZE (24 ans), habitant le quartier Asiatique et Boris Sinagoye (24 ans) du quartier de Kinanira à Bujumbura. Ils ont été arrêtés par le SNR en province de Cibitoke hier matin, au poste frontalier de Ruhwa, entre le Rwanda et le Burundi. (…) Ils seraient accusés de complicité dans l’assassinat du Lieutenant-colonel Darius Ikurakure en début de semaine. Les parents et proches les ont cherchés dans dans les cachots du SNR et du commissariat de Cibitoke, mais en vain. Ils sont très inquiets et disent craindre pour leur sécurité. Tous deux auraient été transférés à Bujumbura. Une information qui se passe de tout commentaire pour le chef du SNR à Cibitoke.”[4]

Le 06 avril 2016, SOS Media Burundi a de nouveau alerté sur la disparition de Boris SINAGAYE (appelé SINAGOYE dans l’article) : “#BurundiCrisis – Mercredi 6 avril 2016 – CIBITOKE : UN JEUNE HOMME PORTÉ DISPARU, UN AUTRE EN PRISON (…) Boris Sinagoye est porté disparu depuis le 23 mars dernier. Il avait été arrêté par des agents du SNR en province de Cibitoke. La famille de ce jeune homme se dit très inquiète après avoir visité les différents cachots et même à la documentation et constaté aucune trace de lui. Elle vient de lancer un appel aux défenseurs des droits de l’homme en leur demandant “d’user de leur influence” pour l’aider à trouver son enfant. Lors de l’interpellation, Boris Sinagoye se trouvait en compagnie de Bernardin Délick BANZUBAZE (24 ans) arrêté également. Ce dernier a été présenté hier au parquet de Bujumbura. Il a été ensuite conduit à la prison de Mpimba.”[5]

C. Calvaire de la famille après la disparition forcée de Boris SINAGAYE

Après des recherches infructueuses dans les cachots officiels, la famille de Boris SINAGAYE a été confrontée à des demandes intempestives de rançons provenant des personnes qui se présentaient comme étant en lien avec le Service National de Renseignement. Une première demande de deux cent mille francs burundais (BIF 200.000) serait venue d’un officier de la police nationale qui aurait présenté une photo de Boris SINAGAYE ensanglanté et qui affirmait qu’il était détenu dans un cachot du SNR. L’officier promettait de faciliter la libération de Boris SINAGAYE moyennant le payement de la somme mais il n’a jamais réalisé sa promesse. La deuxième demande de rançon serait venue d’un employé du SNR. Ce dernier aurait prévenu la famille que Boris SINAGAYE était dans un état de nécessité et qu’il avait besoin de quinze mille francs burundais (BIF 15.000) par jour pour s’acheter du lait et d’autres nourritures ; la somme aurait été payée durant au moins trois semaines jusqu’au moment où la famille a pris connaissance que Boris SINAGAYE n’était pas au SNR.

La famille a buté au silence et à l’insensibilité des organes de l’Etat sur la disparition de Boris SINAGAYE. Aucune institution publique ne semble avoir enquêté sur cette disparition forcée, aucune ne s’est exprimée publiquement sur le cas.

Depuis la disparition forcée de Boris SINAGAYE, ses proches vivent dans la peur d’une surveillance par ses ravisseurs et dans le chagrin indicible. Malheureusement, sa maman a succombé une année seulement après la disparition forcée de Boris SINAGAYE.

D. Présumés auteurs de la disparition forcée de Monsieur Boris SINAGAYE

Un certain nombre de personnes devraient être auditionnées au cours d’une enquête indépendante pour expliquer l’arrestation et la disparition de Boris SINAGAYE. Le responsable d’alors du SNR en province de Cibitoke, Jovith BUTOYI, semble être au centre du processus de cette disparition et devrait être auditionné.

Selon l’enquête du FOCODE, au moins les personnes suivantes devraient être interrogées :
Le chef de poste de la PAFE à Ruhwa au 23 mars 2016 qui aurait décidé l’arrestation des deux jeunes de Musaga et les aurait remis au brigadier de corps de Rugombo.

Monsieur Jean-Baptiste HABUMUREMYI alias « Mpagaze », chef de poste de la police à Rugombo au 23 mars 2016 qui aurait envoyé le brigadier de corps et aurait décidé la détention des deux jeunes de Musaga au cachot communal de Rugombo .

BPP1 Désiré NIMBONA, brigadier de corps au poste de la police de Rugombo qui aurait transféré les deux jeunes de Musaga, de Ruhwa à Rugombo .

L’Officier du renseignement Jovith BUTOYI[7] (Matricule O/00045), chef d’alors du SNR en province de Cibitoke qui aurait déplacé nuitamment les deux jeunes du cachot de Rugombo au bureau du SNR à Cibitoke, puis de Cibitoke à Bujumbura 

Un officier de la police nationale qui aurait rançonné la famille en présentant la photo de Boris SINAGAYE ensanglanté, qui aurait affirmé connaître le lieu de sa détention et qui aurait promis de faciliter sa libération .

Un employé du SNR qui aurait rançonné la famille en assurant que le montant servait à nourrir Boris SINAGAYE.

La disparition de Boris SINAGAYE confirme le constat déjà fait par le rapport final de la Commission indépendante d’enquête sur le Burundi, dans son paragraphe 37 : “Les conditions d’arrestation et de détention au Burundi favorisent les disparitions forcées. La Commission a reçu plusieurs témoignages faisant état de personnes ayant disparu après avoir été appréhendées par des membres du service national de renseignement et/ou de la police (…).Dans certains cas, des membres du service national de renseignement ou de la police ont demandé des rançons aux proches des personnes disparues.”[8]

L’absence d’enquête et de poursuites judiciaires contre les auteurs de la disparition forcée de Boris SINAGAYE, règle quasi-générale dans les cas de disparitions forcées, est une preuve de plus que la Justice burundaise n’est pas indépendante et n’est pas en mesure de poursuivre les crimes contre l’humanité en cours au Burundi depuis avril 2015 comme l’a conclu le récent rapport de la Commission Indépendante d’enquête sur le Burundi. C’est pour cette raison que le FOCODE soutient ferment l’appel lancé à la Cour Pénale Internationale de lancer dans les plus brefs délais son enquête sur les crimes commis au Burundi depuis avril 2015.

E. Prise de position et recommandations du FOCODE

Le FOCODE condamne la disparition forcée de Monsieur Boris SINAGAYE après son arrestation par la police nationale le 23 mars 2016 à Rugombo ainsi que le silence des autorités burundaises sur le sort lui réservé depuis cette arrestation ;
Le FOCODE condamne l’inaction de la justice burundaise sur cette nième disparition forcée comme dans la plupart d’autres cas semblables ;
Le FOCODE demande la traduction en justice de Jovith BUTOYI, responsable provincial du SNR à Cibitoke au 23 mars 2016, qui n’a jamais fourni la lumière sur le sort réservé à Boris SINAGAYE depuis son transfert à son bureau, ainsi que de toute autre personne qui aurait joué un rôle dans cette disparition forcée ;
Le FOCODE salue le rapport final de la Commission Indépendante d’enquête sur le Burundi mise en place par le Conseil des droits de l’homme, lequel rapport conclue que des crimes contre l’humanité sont en cours au Burundi depuis avril 2015 et demande à la Cour Pénale Internationale de lancer dans les plus brefs délais son enquête sur le Burundi ;
Le FOCODE demande au Conseil des droits de l’homme de prolonger le mandat de la Commission indépendante d’enquête sur le Burundi au regard des violations graves de droits humains qui continuent et en raison de l’absence d’un mécanisme indépendant pouvant continuer des enquêtes sur les nouvelles violations;
Le FOCODE demande à la Cour Pénale Internationale l’ouverture sans délais de l’enquête sur les crimes contre l’humanité en cours au Burundi depuis avril 2015 et de lancer des poursuites contre leurs auteurs ;
Le FOCODE demande la suspension du Burundi du Conseil des droits de l’homme au regard de la gravité des crimes relevés par la Commission indépendante d’enquête sur le pays ;
Le FOCODE demande la rétrogradation effective de la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) au regard de ses positions visant à soustraire des poursuites de la CPI les auteurs de violations graves de droits humains au Burundi ;
Le FOCODE demande la prise de nouvelles sanctions (restrictions sur les visas et gel des avoirs) contre les hautes personnalités du pays, des corps de sécurité et du parti CNDD-FDD, épinglées par le rapport de la Commission indépendante d’enquête sur le Burundi comme les commanditaires des violations graves des droits humains au Burundi à travers une chaîne de commandement parallèle ;
Le FOCODE demande aux Nations-Unies, à l’Union Africaine, à l’Union Européenne et aux autres partenaires du Burundi de tirer toutes les conséquences du rapport de la Commission indépendante d’enquête sur le Burundi, notamment en mettant fin au financement de la répression au Burundi par les missions de paix ainsi qu’à la participation de présumés auteurs de crimes contre l’humanité dans ces missions.                                
                                                                                                                               
Pour le FOCODE,

                                                                                                                      
Sé Pacifique NININAHAZWE

                                                                                                                                       Président.

Burundi: Pacelli Ndikumana dénonce les penchants d'Ally Yussuf Mugenzi

Burundi Information 
PACELLI NDIKUMANA DENONCE LES PENCHANTS D'ALLY YUSSUF MUGENZI ENVERS LE REGIME DU CNDD-FDD 
Maitre Pacelli vient d’exposer sur la place publique le soutien de Sieur Ally Yussuf Mugenzi de la BBC, Section Kirundi-Kinyarwanda communement appele Gahuzamiryango, au régime des terroristes génocidaires du CNDD-FDD. C’est vrai que d’autres (des Burundais et comme des non-Burundais) avaient déjà fait savoir à la BBC, par des canaux différents, qu’Ally Yussuf Mugenzi est biaisé. Mais il fallait vraiment que quelqu’un le fasse officiellement et publiquement. 
L’occasion de dépeindre ce journaliste de la façon la plus précise qui soit est venu du rapport des Nations Unies de ce 4 septembre 2017 qui épingle les dirigeants de fait du Burundi pour crimes contre l'humanité. Comme les autres supporteurs du régime des terroristes génocidaires qui gouvernent le Burundi depuis 2005, Ally Yussuf Mugenzi doit l’avoir mal accueilli. Autrement, il ne serait pas resté muet aux demandes de Maitre Pacelli Ndikumana requérant l’organisation d’un débat autour de cet “événement monstre” sur les antennes de la Section Kirundi-Kinyarwanda de la BBC. C’est donc cela la goutte qui a fait déverser le vase qui était déjà trop plein depuis plusieurs années déjà. Les milieux généralement très bien informés rapportent qu’on avait déjà fait savoir à ce journaliste prétendument professionnel, que ses penchants pour le régime du CNDD-FDD dominaient ses prestations. Non sans raison. 
Ally Yussuf Mugenzi n’a jamais été professionnel quand il est question de parler du génocide des tutsi. Si vous avez encore des doutes, passez en revue les interviews qu’il a effectuées avec les rescapés tutsi du Burundi ou leurs supporteurs. Comparez-les avec celles qu’il accorde aux supporteurs des génocidaires ou aux génocidaires eux-mêmes, vous en tomberez des nus. Il suffirait de relever la fréquence à laquelle il interviewe cette catégorie, d’une part, et, d’autre part, celle des interviews qu’il organise avec des rescapés du génocide. Ce n’est pas tout.
Pour quiconque désireux de saisir jusqu’où va la partisanerie d’Ally Yussuf Mugenzi, il faut considérer également l’organisation du trop court temps d’antenne qu’il accorde aux rescapés du génocide ou a leurs supporteurs quand il daigne les inviter sur les ondes de la BBC -- bien souvent, il leur refuse tout simplement la parole. La fréquence et la nature des interruptions d’Ally Yussuf Mugenzi dans ce genre d’interviews en dit tout. La seule mention des crimes impunis des terroristes génocidaires du CNDD-FDD provoque chez Ally Yussuf Mugenzi des emportements que même les supporteurs déclarés ne se permettraient pas. 
Le geste posé par Maître Ndikumana est donc à saluer. Il s’est démarqué de ces auditeurs passifs de la BBC, de la Deutsche Welle, de la VOA et autres RFI. Quant aux propagandistes du régime des terroristes génocidaires au pouvoir au Burundi, ils peuvent s’assurer désormais qu’il y a un auditorat conscient et engagé qui veille et qui agit. Pour reste, c'est à la direction de la BBC de sonner une suite appropriée à cette demande on ne peut plus claire et fondée de Maitre Pacelli Ndikumana. 

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