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12 mai 2017

Burundi:le crime qui rappelle le vrai visage de Pierre Nkurunziza

Pacifique NININAHAZWE
Lambert Bitangimana, le crime qui rappelle le vrai visage de Pierre Nkurunziza à la veille du 45ème anniversaire d' "IKIZA de 1972".

Ngozi, Hôtel Alleluia, samedi 22 avril 2017, 21 heures. Un jeune homme crie au secours, des hommes en tenue de police le tirent de force alors qu'il vient de commander son repas au restaurant de l'hôtel. Des clients reconnaissent des hommes du Service National de Renseignement (SNR) parmi ceux qui tirent le jeune homme. 

A 75 kilomètres de là, au quartier Kigobe de la capitale Bujumbura, une jeune femme de 22 ans vient de recevoir un texto "NSENGERA" (prie pour moi). Anxieuse, la jeune femme appelle rapidement son mari, le téléphone décroche mais personne ne répond, il entend son mari crier "muntwaye he? Nakoze iki?" (où m'amenez-vous, qu'est-ce que j'ai fait?). Puis le téléphone est éteint, pour toujours. 
Le lendemain, une camionnette double cabine blanche est découverte à Gashoho, sur le croisement des routes Ngozi-Muyinga et Ngozi-Kirundo. La camionnette semble avoir fait un accident, un corps sans vie se trouve à côté (certains disent à l'intérieur), la plaque du véhicule sur le corps de la victime, une carte d'identité de Thierry Ngendabanka et une carte sim rwandaise à l'intérieur de la camionnette. 
Le véhicule est vite identifié par la police: c'est la camionnette de l'Honorable Oscar Ntasano, ancien parlementaire du CNDD-FDD (sénateur de 2005 à 2010, député de 2010 à 2015) et patron de l'Hôtel Nonara Beach, porté disparu depuis jeudi 20 avril 2017. L'identification de la victime n'a pas non plus tardé le même dimanche, il s'agit de Lambert Bitangimana, le jeune homme arrêté la veille par le SNR à l'Hôtel Alleluia de Ngozi.

Jusqu'en octobre 2016, Lambert Bitangimana a vécu au Kenya où, bible à la main, il se présentait souvent comme un militant anti-troisième mandat recherché par les agents de Nkurunziza. Mais, curieusement, il avait été vu à plusieurs reprises avec des éléments de l'Ambassade du Burundi à Nairobi. La réalité est que Lambert se trouvait dans une mission du service de renseignement privé de Pierre Nkurunziza; il infiltrait les opposants et surveillaient en même temps les "pro-Nkurunziza". Il était revenu au Burundi en octobre 2016, s'affichait ouvertement cette fois-ci avec des agents du renseignement burundais et habitait une villa de luxe à Kigobe sans que son emploi soit connu. 
Le 17 avril 2017, il s'est présenté à l'Honorable Oscar Ntasano comme "un vacancier burundais résidant au Canada" qui voulait investir au Burundi: ainsi il voulait louer une parcelle non exploitée de Ntasano. Le jeudi matin, 20 avril 2017, Oscar Ntasano accompagné de deux de ses employés (dont Thierry Ngendabanka) est allé montrer sa parcelle à Lambert Bitangimana. Depuis, Oscar Ntasano et ses deux employés sont introuvables. selon des sources, pendant cette opération, Lambert Bitangimana est resté en communication avec l'OPC1 Gaston Uwimana, chef du bureau renseignement de la police nationale.

Vendredi 21 avril 2017 à 23 heures, Lambert Bitangimana a reçu l'appel du Major Noël Banyiyezako, chef du renseignement privé de Pierre Nkurunziza. L'officier l'invitait à se rendre immédiatement à Ngozi (donc la même nuit) car une mission "très onéreuse" l'attendait le lendemain matin. L'épouse de Lambert se serait opposé à ce déplacement de nuit et Lambert a promis de s'y rendre le lendemain matin. A 1 heure, un autre appel du Brigadier Jonas Ndabirinde (le terrible bourreau au service de Nkurunziza) fait savoir que ce dernier attendait Lambert Bitangimana à côté des bureaux de la PAFE. Encore une fois, Lambert a refusé de se déplacer nuitamment et a formulé la même promesse de partir à Ngozi très tôt le matin de samedi. Comme promis, Lambert Bitangimana a pris le bus de 5h45 à la Gare du Nord à Kamenge et est arrivé à Ngozi deux heures plus tard. Rapidement reçu par le Major Noël Banyiyezako, Lambert a été logé à l'Hôtel Alleluia en attendant le retour du Major "qui aurait été appelé pour une urgence à Bujumbura". La journée, Lambert l'a passé en conversations téléphoniques avec beaucoup de ses proches: il était heureux, il était dans un bel hôtel, il était proche des puissants. Las d'attendre un Major qui ne venait pas, il a commandé son repas à 21 heures et l'attendait au restaurant de l'hôtel quand des éléments du SNR l'ont amené de force. Il a crié au secours, mais en vain. Dans un hôtel baptisé "Alleluia", on ne porte pas du secours à des gens enlevés par le SNR...En effet, au Burundi depuis 2005, "Alleluia" signifie "appartenant à Nkurunziza". Il n'y a pas que des hôtels, il existe aussi des équipes sportives "Alleluia". Chez Nkurunziza, on joue et on tue la Bible à la main.

Lambert Bitangimana est hutu. A 30 ans, il est mort étranglé dans la nuit du 22 au 23 avril 2017. Un accident de véhicule a été simulé par ses assassins, mais les traces de la corde sont restées dans sa gorge. Dimanche, un communiqué du porte-parole adjoint de la police l'a fait passer pour le chauffeur de l'Honorable Oscar Ntasano; mardi le porte-parole a rectifié qu'il s'agissait de Lambert Bitangimana. Sa famille n'a pas été informée officiellement du décès de Lambert; au contraire dès dimanche sa femme a été convoquée à expliquer au SNR la disparition de son mari. Elle n'a appris qu'elle était devenue veuve que mercredi matin. Le corps de Lambert Bitangimana n'a pas été remis à sa famille. De même, la famille n'a pas pu organiser le deuil car dès que la veuve a appris la mort de son mari, des éléments du SNR sont venus la chercher. La nuit, le tristement célèbre Mathias-Joseph Niyonzima alias "Kazungu" a fouillé la maison à la recherche de l'épouse de feu Lambert Bitangimana. Elle n'avait plus de choix, elle a fui le Burundi. Lambert s'était marié en décembre 2015, il laisse un bébé de 7 mois.

Il y a 45 ans, un jeune burundais de 8 ans a perdu étrangement son père Eustache Ngabisha. Hutu, ancien député et ancien gouverneur, (sûrement dans la trentaine) Eustache Ngabisha est mort étranglé par les services de sécurité de Michel Micombero en avril 1972. Sa famille n'a pas eu droit au deuil, a vécu des moments de desespoir et de pauvreté après cette disparition. Je ne sais pas si elle a eu l'occasion d'enterrer dignement le père de famille, mais nombre de familles hutu de l'époque n'ont jamais revu les leurs arrêtés par l'armée ou la milice. Son fils de 8 ans à l'époque s'appelle Pierre Nkurunziza et est devenu Président du Burundi en 2005. 45 ans après l'IKIZA, c'est lui qui inflige aujourd'hui les mêmes horreurs à de nombreuses familles. Des citoyens sont enlevés chaque jour, se font exécuter ou disparaissent carrément. Les familles n'ont pas droit ni aux corps des leurs exécutés par les sbires de Nkurunziza, ni au deuil. Hutu et Tutsi, opposants ou serviteurs comme Lambert Bitangimana ne cessent d'être victimes de cette barbarie sans nom. Dans 45 ans, le bébé de Lambert Bitangimana sera une grande personne, peut-être autant puissante que Pierre Nkurunziza aujourd'hui... Décidément, s'il n'y a pas de justice, il voudra probablement ressembler à Pierre Nkurunziza!

Chaque jour j'ai envie de demander à Nkurunziza: pourquoi as-tu tellement envie de ressembler à Michel Micombero? Et combien de morts te faudra-t-il pour comprendre que tu lui ressembles déjà?

Aux hutu, tutsi, ganwa et twa victimes de l'IKIZA de 1972; à toutes les victimes des tragédies burundaises et à leurs familles, j'adresse ma sympathie et ma solidarité. 

Notre génération a un devoir: mettre fin à ce cycle infernal, par la vérité et la justice.
Pacifique NININAHAZWE

Burundi:Assassinats & disparitions- Cas Evariste Nyandwi

#Burundi #Ndondeza 
Evariste Nyandwi alias Matwi était un homme d'affaires très respecté à Rutana. Il avait commencé presque à néant son commerce; lentement mais sûrement il avait bâti une fortune estimée en milliards de francs burundais. Il était très généreux et avait prêté des millions à d'autres hommes d'affaires et, selon certaines sources, à des hautes personnalités politiques. Il était membre du CNDD-FDD et avait beaucoup financé les activités du parti ainsi que les travaux de développement dans sa province. 
Un de ses amis s'appelait Général Alain-Guillaume Bunyoni. Pour la croisade évangélique de Pierre Nkurunziza de décembre 2016 à Rutana, il avait offert sa camionnette FUSO pour le déplacement des participants. Il ne se doutait de rien, il était en phase avec le pouvoir et les puissants. Après avoir répondu à un rendez-vous via un appel téléphonique dans la soirée du 30 décembre 2016, Evariste Nyandwi est devenu introuvable. 
Sa Jeep Prado a été découverte vide, le lendemain matin, non loin du stade de Rutana.

Des mystères sur cette disparition, il y en a encore. 
Dans la soirée du 28 décembre 2016, Evariste Nyandwi a rencontré le Ministre de l'Environnement Emmanuel Niyonkuru au Bar Ku Muco à Rutana; un autre homme d'affaires de Rutana, Adrien Ntigacika alias Ziranotse, a pris part à cette rencontre. De quoi se sont-ils dit? Le sujet de discussion devrait être très important puisque le trio (Nyandwi, Niyonkuru et Ntigacika) a tenu une deuxième rencontre le soir du 29 décembre 2016 à l'Hôtel 3M de Rutana. 

Le lendemain de cette deuxième rencontre, Evariste Nyandwi a été enlevé dans la nuit du 30 au 31 décembre 2016 et, un jour après, le Ministre Emmanuel Niyonkuru a été assassiné dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2017.

Y a-t-il un lien entre les deux crimes? 
Seule une enquête indépendante et crédible peut le déterminer, mais au moins l'on sait qu'au niveau judiciaire rien n'a été fait pour retrouver les kidnappeurs d'Evariste Nyandwi et que l'enquête sur l'assassinat du ministre s'enlise.

"Ziranoze" reste le seul survivant de ces deux rencontres et continue la construction d'une usine d'engrais chimiques, non loin de l'aéroport de Bujumbura. L'usine intéresse en haut lieu, au point que le Patron du SNR, Général Steve Ntakarutimana, est venu en personne filmer tous les employés sur le site de construction de l'usine. 

Le 14 mars 2017, Zachée Niyomwungere, collaborateur du SNR en Province de Rutana, est mort à l'Hôpital de Gitega. 
Une semaine plus tôt, il avait été enlevé dans une maison qu'il louait au chef-lieu de Rutana et amené manu militari à la résidence du chef provincial du SNR Jovin Cishahayo où il a subi une séance horrible de passage à tabac. 
Agonisant, Zachée Niyomwungere a été amené au cachot de la police de Rutana, les policiers ont refusé de le recevoir. Après il a été admis difficilement à l'Hôpital de Rutana, puis transféré à Gitega où il a rendu son âme. 
Pourquoi Zachée? 
Parce que c'est lui qui avait appelé le commerçant Evariste Nyandwi dans la nuit fatale du 30 décembre 2016. Il savait tout de sa disparition, de son transfert la nuit dans un cachot secret qui serait installé au stade de Buye appartenant à Pierre Nkurunziza avant son exécution et enterrement - qui auraint eu lieu - dans la Kibira à Kayanza. 
Le SNR a voulu faire taire définitivement Zachée Niyomwungere, mais c'était déjà trop tard. Jovin Cishahayo n'a jamais été sanctionné au moins pour la torture de son collaborateur, plutôt il a été transféré à Makamba où il dirige le SNR et continue ses sales besognes.

La disparition forcée du sobre milliardaire de Rutana Evaritse Nyandwi confirmait un plan de destruction du pouvoir économique de certains hommes d'affaires Tutsi, même membres du CNDD-FDD. 
Au moment de cette disparition, des tweets ont annoncé, déjà en décembre 2016, la prochaine cible: Oscar Ntasano, un autre millionnaire (ou milliardaire) membre du CNDD-FDD. 
Bientôt les révélations de NDONDEZA sur ce cas.

29 avril 2017

Burundi : «Le pouvoir qui peut faire disparaître n’importe qui»

LIBERATION
Arrestations, chantage, disparitions. Face aux méthodes du pouvoir, les étudiants burundais n’ont d’autres choix que souplesse et discipline.

Le climat politique et social burundais est à la peur. Depuis sa réélection contestée en juillet 2015 pour un troisième mandat, le président Pierre Nkurunziza ne tolère plus la moindre contestation. Les arrestations arbitraires et disparitions d’opposants se sont multipliées. La répression a fait plus de 2 000 morts et plus de 400 000 Burundais et près de 2 000 militaires ont fui le pays selon un récent rapport de l’International Crisis Group. Depuis octobre 2016, l’ONU estime à 200 le nombre de disparitions.

Dans ce climat de tension généralisée, les étudiants burundais n’échappent pas à l’intransigeance des autorités. Après un mois de mobilisation, ils se résignent à «regagner les amphis, en espérant que les autorités arrêteront les sanctions et privilégieront la voix du dialogue», a indiqué mardi un de leurs représentants joint par Libération. Une décision qui met fin à un mois de grève contre le décret présidentiel réorganisant le système des bourses universitaires et des stages.
Une bourse changée en prêt

Jusqu’à présent les étudiants bénéficient sans condition d’une bourse d’études mensuelle de 30 000 francs burundais (moins de 17 euros). Le texte signé le 1er février 2017 par Pierre Nkurunziza prévoit de réformer cette aide publique en un prêt remboursable en fin d’études. «Cette nouvelle politique de prêt-bourse concrétise une volonté exprimée lors des Etats généraux de l’éducation en décembre 2014, explique Jean-Claude Karerwa Ndenzako, porte-parole du chef de l’Etat. Les étudiants vont désormais bénéficier d’un prêt qui évoluera en fonction du coût de la vie.»

Créée en 1964, l’université du Burundi compte actuellement plus de 14 000 étudiants pour une capacité d’accueil d’environ 4 000 places. Une explosion du nombre d’inscriptions qui rend nécessaire une réforme du système de financement et d’attribution des bourses. Le tout sur fond de profondes difficultés économiques.

Mais la hâte et le manque de communication du gouvernement n’ont fait que crisper les étudiants. Ces derniers estiment ne pas savoir quels seront les critères d’attribution de ces nouveaux prêts-bourses. Ni comment ils devront les rembourser si, une fois leur diplôme en poche, ils ne trouvent pas d’emploi. Aujourd’hui, une grande majorité des étudiants exigent le retrait du décret présidentiel et demandent à être associés aux négociations, craignant que leurs bourses ne finissent par être supprimées.


Une contestation diabolisée

Les étudiants de l’Ecole normale supérieure (ENS) avaient été les premiers à entrer en grève le 24 mars, avant d’être rejoint par ceux de l’université du Burundi (UB), puis par ceux de l’Institut national pour la santé publique. Dès le 28 mars, les premières arrestations ont commencé. «Le gouvernement préfère attaquer les étudiants plutôt que de choisir le dialogue» constate l’avocat burundais en exil et président de l’Action chrétienne pour l’abolition de la torture (Acat) au Burundi, Armel Niyongere.

«Tout gouvernement doit prendre ses responsabilités pour empêcher qu’une fraction d’étudiants, qui ne sont pas des citoyens honnêtes, en contaminent d’autres», se défend le porte-parole de la présidence. «Nous sommes dans un pays qui privilégie la bonne conduite, il y a une tradition et des mœurs qui doivent être observées, confie à Libération Jean-Claude Karerwa Ndenzako. Toute personne qui présente une entrave a l’ordre public peut être poursuivie.» Même si les étudiants ne sont associés à aucun mouvement politique d’opposition, le gouvernement les considère comme des «Sindumujas», terme qui désigne les opposants à l’actuel troisième mandat du président.


«Le régime essaye de casser le mouvement en le présentant sous l’angle politique. Les étudiants sont arrêtés sous prétexte de déstabiliser les institutions et d’atteindre à la sécurité de l’Etat» explique Vital Nshimirimana, président du Forum pour le renforcement de la société civile au Burundi (Forsc), exilé en Europe.
«Il y a une culture de la peur»

Le très redouté Service national de renseignement, le SNR, sous l’autorité directe du président, est chargé d’interpeller les étudiants jusque dans leur campus de Mutanga. Des arrestations aux airs d’enlèvements. «Quatre personnes m’ont embarqué et m’ont fait entrer dans une voiture aux vitres teintées. J’ai été directement conduit dans les locaux du SNR pour atteinte à la sécurité de l’Etat», raconte l’un d’eux, qui a depuis été libéré.

«Il y a des étudiants qui travaillent avec le SNR pour dénoncer et arrêter les délégués», confie un autre étudiant qui a échappé de justesse au service de renseignement venu l’arrêter dans sa chambre. Comme deux autres de ses camarades, traqués depuis des semaines, il vit aujourd’hui dans la clandestinité.

Une dizaine d’étudiants a été arrêtée et cinq sont incarcérés dans prison centrale de Mpimba en attente d’être jugé. Ils risquent cinq à dix ans de prison.

Côté police, on se refuse à tout commentaire. «L’affaire est entre les mains de la justice», botte en touche Pierre Nkurikiye, porte-parole de la police du Burundi. «Le SNR est au-dessus de toute institution, estime MeNiyongere. Il y a une culture de la peur face à un pouvoir qui peut faire disparaître n’importe qui», ajoute l’avocat. «Et ce n’est que maintenant, profitant de la crise, de la peur qui règne dans le pays que le gouvernement a choisi de faire passer en force ce décret sur les bourses», complète Vital Nshimirimana.


Les étudiants n’échappent donc pas à la politique de la peur. Tout est fait pour les intimider ou pour les diviser. Ainsi, les autorités offrent du riz et de l’argent aux non-grévistes. Et se montrent intransigeantes avec les autres. Dans une décision rectorale du 12 avril, huit étudiants parmi les délégués généraux ont été exclus de l’UB. Ils sont accusés par l’université d’avoir caché «le contenu et le destinataire» aux signataires de la lettre envoyée au président. Même sort pour cinq autres étudiants de l’ENS.

La Régie des œuvres universitaires, qui s’occupe de l’organisation des services sociaux à l’UB, a annoncé que les étudiants en grève ne toucheraient pas leur bourse d’avril et que tous ceux qui n’auraient pas repris «le chemin des amphithéâtres au plus tard le lundi 24 avril 2017 à 8 heures […] se seront exclus d’eux-mêmes de l’année académique» et leurs chambres universitaires seront réattribuées. Une énième menace. Les étudiants de l’ENS ont repris le chemin des cours dès ce lundi. Et les étudiants de l’UB, qui n’avaient hier pas répondu à l’appel du recteur, ont donc finalement décidé de regagner à leur tour les salles de classe. Les étudiants continuent de demander l’annulation du décret présidentiel et la libération de leurs camarades… Mais avec un minimum de discrétion.


Burundi-Congo-Rwanda:Les évêques belges demandent pardon aux enfants « métis issus de la colonisation »

LA CROIX
Le 25 avril, l’Église catholique belge a présenté ses excuses aux enfants métis issus de la colonisation, séparés de leur famille et envoyés dans des institutions privées en Belgique.

Lors d’un colloque le 25 avril à Bruxelles sur la question métisse, la Conférence des évêques de Belgique (CEB) a reconnu « la souffrance que les métis issus de la colonisation ont vécue » et présenté ses « excuses à ces personnes, pour la part prise par l’Église catholique dans ce fait ».

À l’époque coloniale en effet, au Congo, au Rwanda et au Burundi – pays d’Afrique colonisés par la Belgique –, Blancs et Noirs vivant séparément, les nombreux enfants – estimés à 20 000 – qui naissaient d’une union entre un homme blanc et une femme africaine n’étaient généralement pas reconnus par leur père. Beaucoup furent envoyés dans des internats ou des orphelinats catholiques en Belgique.

A LIRE : Un rapport souligne la responsabilité des Églises dans les « pensionnats autochtones » au Canada

Rupture des liens avec l’Afrique
Certains de ces enfants métis furent également confiés, sans le consentement de leur mère, à des familles d’accueil ou d’adoption et perdirent tout contact avec leurs familles en Afrique. Dans leur déclaration du 25 avril, les évêques belges reconnaissent que « le fait d’avoir été retirés à leur mère fut, tant pour eux que pour ces dernières, une source de chagrin et de manque ».

« Toutes les bonnes intentions à la base de leur placement dans une institution les ont menés à une aliénation encore plus importante par rapport à leur origine et leur véritable identité, poursuivent les évêques belges. Ce fut un frein à leur plein épanouissement et à leur libre autodétermination. »

La CEB s’engage donc à « contribuer à la recherche des métis et de leurs descendants quant à leur origine ou à leur famille », et demande à tous ceux qui disposent de données historiques ou de documents d’archives sur cette question de les mettre à la disposition des services concernés.

Enfin, les évêques belges insistent auprès du gouvernement fédéral pour qu’il trouve des solutions pour les problèmes de ces métis et de leurs descendants, en ce qui concerne leur nationalité belge, leur certificat de naissance ou de mariage.

Au Canada, 150 000 enfants amérindiens
De semblables situations ont également existé au Canada où 150 000 enfants autochtones (amérindiens, métis et inuits) furent arrachés à leur famille entre 1870 et 1996, par le gouvernement canadien pour en faire des petits « civilisés ». Placés dans les orphelinats et pensionnats éloignés de leur région, ils n’avaient pas le droit de s’exprimer dans leur langue, et tout était fait pour qu’ils oublient leurs racines et leur culture.

« Les politiques de colonisation de l’époque autorisaient ces enlèvements d’enfants autochtones », explique Martin Preaud, docteur en anthropologie et chercheur associé au Programme européen sur la mise en œuvre des droits des peuples autochtones.

« Les colons voulaient construire une nouvelle société et la présence d’autochtones les gênait dans leur volonté d’appropriation des terres et des ressources », poursuit l’anthropologue français, spécialiste de la « génération volée » en Australie.

En Australie, au moins 100 000 enfants aborigènes
Par ce terme, on désigne les plus de 100 000 enfants, le plus souvent métis de mère aborigène et de père blanc mais aussi aborigènes, qui furent retirés à leurs parents entre 1869 et 1969, pour les intégrer à la société blanche.

Placés dans des orphelinats et des internats, ou confiés à des missions religieuses ou des familles d’accueil blanches, ces enfants aborigènes ne recevaient qu’un minimum d’éducation, suffisant pour faire d’eux des travailleurs manuels ou des domestiques.

Selon Martin Preaud, les instituts catholiques d’éducation ne sont pas plus coupables que d’autres. « Tous les établissements protestants, anglicans ou publics ont agi de la même manière », rappelle-t-il. Il poursuit : « De la même façon que des gouvernements, qui prétendaient apporter la civilisation aux peuples qu’ils colonisaient, n’hésitaient pas à utiliser des moyens pas très civilisés, les établissements religieux qui prétendaient transmettre les valeurs de l’Évangile n’hésitaient pas à créer des conditions de vie pas très évangéliques… »

Burundi: "Réfugiés au Rwanda mais pas condamnés à mort!"

AFP
A l'ombre du stade national Amahoro, à Kigali, les chaises et tables en plastique rouge de la terrasse d'un bar-restaurant accueillent des réfugiés burundais. Ils se désaltèrent, mangent et parlent du pays, en proie depuis deux ans à une grave crise émaillée de violences.

Manifestants traqués par la police 
A l'intérieur, une chaîne hi-fi crache un morceau d'un groupe de reggae burundais. Le nom de l'établissement, qui se détache en lettres capitales sur la devanture, n'a pas été choisi par hasard: "Imuhira", signifiant "A la maison" en kirundi, la langue officielle au Burundi.

L'Imuhira, un bâtiment de plain-pied coincé entre d'autres bars, a été ouvert il y a un mois dans la capitale rwandaise par des réfugiés burundais regroupés en coopérative. Car, après deux ans d'une crise sans issue en perspective dans leur pays, ces réfugiés se sentent acculés et tentent tant bien que mal de trouver des moyens de subsistance à Kigali.

"On est réfugiés mais on n'est pas condamnés à mort!", martèle Lionel Nintereste, un des co-fondateurs de l'Imuhira, attablé dans un recoin de la terrasse. "Après tout, la vie doit continuer."

Ce trentenaire est un membre du parti d'opposition Uprona et a activement participé au mouvement de protestation déclenché fin avril 2015 par l'annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat controversé, finalement obtenu en juillet de la même année.

La violente répression qui s'en est suivie l'a poussé à fuir au Rwanda, ennemi juré du gouvernement burundais, en juin 2015.

En tout, quelque 400.000 Burundais ont fui les violences dans leur pays, dont 85.000 ont trouvé refuge au Rwanda. La majorité est installée dans un camp dans l'est du pays mais 28.000 vivent à Kigali, dont des journalistes, membres de la société civile, politiciens et plus généralement des Burundais relativement aisés.

'Dignes et forts'
L'Imuhira emploie 20 personnes et les membres de la coopérative ont désormais pour projet d'ouvrir un magasin d'alimentation et de créer un système de mutuelle de santé pour que les réfugiés rentrent "dignes et forts" au Burundi, le moment venu, soutient Lionel.

Mais, pour nombre de réfugiés burundais à Kigali, s'offrir une bière sur la terrasse de l'Imuhira est devenu un luxe.

Si parfois des petits boulots se présentent, la plupart se plaignent d'un marché du travail saturé. De plus, selon le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), nombre d'employeurs ne savent pas que le statut de réfugiés leur permet de travailler ou que les documents d'identités fournis par l'ONU sont suffisants pour les engager.

Afin de s'entraider et maintenir une cohésion, ces réfugiés se sont organisés par quartier et communiquent via le réseau social WhatsApp. Ils y partagent des annonces d'emploi, des informations sur leur pays ou s'enquièrent des nouvelles de proches disparus.

Les plus sportifs se retrouvent le samedi matin aux alentours du stade pour un footing dans les rues.

"On essaie de s'occuper et de ne pas rester inactifs, même si beaucoup sont démoralisés face à l'absence d'une sortie de crise", explique Jules, un avocat de 33 ans, évoquant les pourparlers au point mort entre Bujumbura et l'opposition en exil. Jules préfère d'ailleurs utiliser un pseudonyme de peur de possibles représailles contre sa famille restée au Burundi.

Rire jaune
Le président Pierre Nkurunziza "ne veut pas de négociation, il a pris une autre ligne, celle de la guerre", estime Lionel, qui ne croit plus en une issue pacifique. Et malgré les difficultés rencontrées à Kigali, aucun ne songe à rentrer au Burundi dans l'immédiat.

En deux ans, les violences ont fait 500 morts selon l'ONU et 2.000 selon les ONG. Et sur la terrasse de l'Imuhira, l'affirmation des autorités burundaises selon laquelle la "paix est revenue" au Burundi, fait rire jaune.

"Ce qui nous a poussés à fuir est encore là", assure Pascal Niyonzima, tambourinaire burundais, rencontré à l'association burundaise en exil "Maison Shalom", qui vient désormais en aide aux réfugiés.

Selon de nombreux rapports de l'ONU et d'organisations de défense des droits de l'Homme, le calme relatif qui règne au Burundi est maintenu au prix d'une féroce répression fondée sur la terreur, dont les principaux instruments sont les redoutés services de renseignement et les Imbonerakure, la ligue de jeunesse du parti au pouvoir le CNDD-FDD, qualifiée de milice par l'ONU.

Selon Lionel, "la situation au Burundi est beaucoup plus grave qu'avant". "On emprisonne, on torture et on fait disparaître dans le silence car il n'y a plus de médias ni de société civile."

13 avril 2017

Réfugié sans statut : 10 ans de lutte pour un Réginois originaire du Burundi

Radio Canada

Déo Bugegene, un Réginois originaire du Burundi, a peiné à faire reconnaître son statut de réfugié au Canada, à cause de l'emploi qu'il occupait dans son pays. Maintenant, il est sur le point d'obtenir sa résidence permanente au Canada, mais le processus a duré 10 ans et a nécessité l'intervention du secrétaire général d'Amnistie internationale Canada, Alex Neve.

Déo Bugegene est arrivé au Canada en 2007 avec sa femme et leurs trois filles. En tant que nouvel arrivant, il espérait pouvoir entreprendre des études pour pouvoir commencer une nouvelle vie. Dès la première rencontre avec une avocate canadienne, cependant, il a réalisé qu’atteindre ce but ne serait pas facile et que sa situation était complexe.

Avant d'arriver au Canada, Déo Bugegene a été officier de l'armée burundaise pendant 20 ans. Il a été longuement interrogé à ce sujet par les autorités canadiennes.

"Tous les crimes reprochés au gouvernement du Burundi, avant même que je rentre dans l'armée, ils m’ont demandé de me prononcer là-dessus."
Déo Bugegene

En 1993, après l’assassinat du premier président démocratiquement élu du Burundi, Melchior Ndadaye, M. Bugegene a fui vers la République Démocratique du Congo où il a tenté de dénoncer les putschistes, mais le gouvernement du Burundi l'a accusé de complicité dans l'assassinat du président Ndadaye. À sa grande surprise, il aété emprisonné avec des putschistes qui ont fui vers le même pays que lui.

À sa libération quatre mois plus tard, l’accusation de complicité au coup d'État a été abandonnée, mais une autre accusation, de désertion de l'armée demeure, jusqu’à ce jour. Déo Bugegene soutient qu’il n’a pas déserté son poste, mais qu’il a plutôt fui parce qu'il craignait pour sa sécurité.

Amnistie internationale Canada intervient

Le gouvernement canadien a accordé l’asile à la femme et aux filles de Déo Bugegene. Pour éviter qu’il soit lui-même renvoyé au Burundi, il a rencontré le secrétaire général d'Amnistie internationale Canada, Alex Neve. Déo Bugegene est convaincu que c’est l’intervention de ce dernier qui a fait en sorte qu'il ne soit pas expulsé.

"La situation au pays est très tendue, il y a beaucoup de violence, beaucoup de violations des droits de la personne très graves. Nous devons certainement considérer les détails avant de prendre une décision."

 Alex Neve, secrétaire général d'Amnistie internationale Canada

À la fin de 2016, Déo Bugegene a appris que sa demande de résidence permanente avait été acceptée. Même s’il lui est maintenant permis de travailler, il n’a toujours pas abandonné son rêve de pouvoir faire des études.


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